RDC : Mimy Mopunga, un modèle de femme qui s’impose malgré son handicap

En République Démocratique du Congo, des femmes restent marginalisées dans l’occupation des postes décisionnels. La situation est encore pire lorsqu’il s’agit des femmes en situation d’handicap. Femme politique, militante et ancienne députée, Mimy fait partie des rares des femmes qui ont percé le domaine politique généralement dominé par les hommes. Et ce, malgré son handicap physique. « Je vous dis que moi, je n’ai jamais évolué dans une structure comme personne vivant avec handicap. Donc je me suis battue comme toute autre femme », explique Mimy Mopunga.

En RDC, malgré la mise en place d’un ministère chargé des personnes vivant avec handicap en 2019, les femmes vivant avec handicap sont toujours moins représentées dans les institutions des décisions du pays encore moins dans les partis politiques ou le monde associatif. Je me bats comme toute femme
Mimy s’engage dans la politique toute petite. « J’ai commencé la politique depuis l’université à l’époque de Mobutu. Toute petite, je me suis intéressée d’être dans le comité estudiantin de MPR (mouvement populaire pour la révolution). »,explique-t-elle.

En 1996, le Congo vient de connaître sa première rébellion qui entraîne la chute du président Mobutu après 32 ans de pouvoir sans partage. Mais rapidement les méthodes du nouveau régime sont contestées. C’est le début d’une nouvelle rébellion, le Rassemblement congolais pour la démocratie, RCD.
« Juste après mes études, des amis sont venus me voir pour rejoindre le Rassemblement congolais pour la démocratie RCD, un mouvement rebelle qui occupait la région. Pour eux, je ne me battais pas comme une femme vivant avec handicap mais comme homme ».
Une décision risquée à prendre. Surtout que Mimy est une femme et handicapée.
« Je me suis engagée et en 1997 je suis allée à Goma où était la capitale du RCD pour militer avec les autres amis qui étaient déjà dans le mouvement », poursuit-t-elle.
« J’ai milité pendant 5 ans. J’ai travaillé et quand il y a eu dialogue inter congolais pour la réunification du pays et la formation du gouvernement de transition de un plus quatre, on avait demandé à chacun de nous de se prononcer par rapport à ce qu’il’ (elle) voulait faire. J’ai choisi de devenir députée pendant la transition », renchérit-t-elle.

« La tâche n’a pas été facile parce que les hommes avec qui j’étais ne voulaient pas. Ils préféraient que moi j’attende d’autres postes, une fois à Kinshasa. J’ai dit non, pas question. On avait demandé à chacun de nous de se prononcer, je me suis prononcée. Le débat était un peu chaud, les autres me soutenaient, ils disaient que non, on la soutient car c’est la seule femme, je me rappelle un, qui se mit debout pour dire qui est femme ? Mimy n’est pas une femme, elle est un homme comme nous, elle se bat comme homme. Nous aussi, nous devons la considérer comme un homme donc voilà », révèle-t-elle.

« C’est le travail que j’ai fait qui a fait à ce qu’on puisse me retenir parmi les députés. A l’époque, le responsable de la composante où j’étais me connaissait, car il me voyait vraiment travailler comme homme. Aller parfois là où certains hommes avaient peur d’aller. Il a dit non, si c’est cette dame là, pourquoi vous ne voulez pas qu’aujourd’hui qu’elle puisse bénéficier aussi de quelque chose?
Les gens m’ont soutenu et j’ai été retenue comme députée pendant la transition du gouvernement un plus quatre. Voilà le contexte dans lequel je suis devenue députée nationale », relate Mimy.

« Après, cela je n’ai pas croisé les bras, j’ai continué à me battre. Je suis allée aux élections de 2006, ça n’a pas marché vu le contexte. En 2011, je suis allée encore une fois aux élections mais la chance n’a pas souris de mon côté. Vous comprenez qu’il y a vraiment beaucoup de réalités tout autour de l’organisation des élections », poursuit-t-elle.

« Aujourd’hui, je suis membre du Cadre Permanent de Concertation de la Femme Congolaise (CAFCO), j’y suis en tant qu’une femme politique qui se bat. Comme je vous ai dit en tout cas, je ne me bat pas comme une personne vivant avec handicap mais, je me bats comme toute autre femme. Voyant mon dynamisme, nombreuses personnes ne m’acceptent pas comme femme vivant avec handicap », affirme-t-elle.

« On sait que les femmes vivant avec handicap connaissent aussi de discrimination comme toutes autres femmes. Donc elles ont les mêmes problèmes, mais aussi plusieurs d’entre elles ne s’intéressent pas à la politique. La politique n’est pas un cadeau comme nous le voyons souvent chez nous », pense Mimy.

Le handicap n’est pas une excuse.

Mimy Mopunga estime qu’avec l’amélioration du taux des femmes dans le gouvernement actuel nommé le 12 avril dernier, de moins de 20% des femmes dans les gouvernements passés à 27 % et avec un ministère pour les personnes vivant avec handicap dirigé par une femme vivant avec handicap ; il y a lieu d’espérer.

Pour Maître Evelyne Mulemangabo, Coordinatrice de la Dynamique des Réseaux des Femmes des 26 provinces de la RDC l’handicap physique n’est pas mental. A l’exemple de Mme Mimy Mopunga, les femmes vivant avec handicap doivent prouver de quoi elles sont capables car en politique, il n’y a pas de favoritisme. C’est une lutte, c’est ça le principe en politique que le meilleur gagne et domine.

« J’exhorte cette frange de la population de s’approprier la lutte pour arriver au sommet », dit-elle.
« Que les femmes vivant avec handicap puissent se rendre utiles en participant à des formations du leadership et des renforcements des capacités. La plus grande responsabilité revient aux personnes vivant avec handicap parce que, finalement les présidents des partis politiques ne vont pas dire voilà comme vous êtes personnes vivant avec handicap, Je vous accepte dans mon parti ou vous faire bénéficier d’une opportunité de nomination alors que vous n’amenez rien comme contribution », explique Evelyne.

« La contribution peut être physique, morale, intellectuelle ou encore financière. Les présidents des partis politiques, eux, ne peuvent que constater l’aptitude de la personne, le dévouement, la détermination, et l’acceptation de l’idéologie par la personne vivant avec handicap au sein de son parti politique et là, elle va se rendre utile », estime-t-elle.

« J’encourage cependant ces femmes de se limiter à la participation des gestions des partis politiques mais plutôt d’avoir également des ambitions de créer leurs propres formations politiques pour maximiser leurs participations dans la gestion de la chose publique. Cela motivera plusieurs d’entre elles qui se sous-estiment à cause de leurs handicaps physiques. Je demanderai aussi aux personnes vivant avec handicap de ne pas baisser les bras, de ne pas se considérer comme des personnes en moitiés, non.
Ce sont des personnes qui peuvent très bien réfléchir, très bien diriger les choses avec leur handicap physique, des personnes dont notre pays a aussi besoin. Je pense que ces personnes doivent se sentir vraiment à l’aise et émergées», recommande-t-elle.

Promouvoir des femmes avec handicap

Elle poursuit en invitant également les autorités compétentes de promouvoir effectivement cette catégorie des personnes souvent marginalisées. Cette promotion ne pourrait passer que par des formations et par des protections sur des bases des lois et aussi par la sensibilisation.

« Je suis quand même contente qu’en RDC, il y a un ministère de tutelle qui gère toutes ces affaires par rapport aux personnes vivant avec handicap. Avec Madame Irène Esambo, ministre de tutelle, il y a quand même un pas. Je suis contente de voir que la RDC a déjà posé un acte qui puisse fortifier, un acte d’espoir pour ces personnes, bravo aux autorités du pays ».

Elsa Indombe, Directrice nationale adjointe en charge des opérations de l’Union congolaise des femmes des médias (UCOFEM), estime pour sa part que les présidents de partis politiques doivent avoir des mécanismes pour la protection de cette catégorie de personnes dans leurs formations politiques pour une promotion sans discrimination.

« Je pense que les autorités sont censées d’aller au-delà du physique pour promouvoir les compétences, la matière grise. Ne pas considérer l’ handicap comme un prétexte pour ne pas promouvoir cette catégorie de la population », explique-t-elle.

Je recommande au gouvernement, aux législateurs, aux partis politiques et à la société civile de faciliter l’accès des femmes handicapées aux affaires publiques et à la vie politique. Cela, en initiant des campagnes de sensibilisation dans les communautés, les organisations et les institutions sur le handicap, l’inclusion et le genre, afin de combattre les stéréotypes et les diktats de la société sur les femmes handicapées.

Sensibiliser ces femmes déjà au niveau de la base c’est-à-dire au niveau de la famille, des écoles, églises, communautés et autres lieux pour déjà leur montrer que l’ handicap n’est pas une fatalité, ou un obstacle à la réussite de la vie. Leur citer des exemples des personnes handicapées de leur état qui ont réussi à occuper des postes dans ce pays. A l’exemple de Martin Ekanga qui a laissé des écoles qui contribuent à l’enseignement du Pays, l’actuel ministre Esambo Irène, l’ex gouverneur de la BCC et tant d’autres dans le but de les pousser à se dépasser des complexes d’infériorités qui les poussent à baisser les bras et ne pas se battre à cause de leur handicap.

Cette catégorie de la population ne doit pas être exclue dans la participation de la gestion publique car elle est aussi parmi des catalyseurs pour le développement de la République Démocratique du Congo.

« Il y a des femmes qui ne s’intéressent pas à la politique qu’on appelle juste pour venir occuper un poste. C’est pourquoi, les femmes vivant avec handicap doivent aussi militer, se battre et s’intéresser comme d’autres femmes à la politique. Adhérer dans des partis politiques, milité comme toutes autres personnes pour qu’elles soient aussi alignées sur des listes pour des élections ou bien des nominations », recommande Mimy Mopunga.

Peu de femmes occupent des postes de commandement dans le gouvernement, les partis politiques, moins encore les femmes vivant avec handicap. Bien que l’article 14 de la Constitution stipule en effet : « Les pouvoirs publics veillent à l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard de la femme et assurent la protection et la promotion de ses droits », conclut l’article.

Cet article a été produit en collaboration avec Journalistes pour les Droits Humains, JDH/JHR avec l’appui d’Affaires mondiales Canada.

Nahomie Kapinga

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